Chers membres de famille ;
Chers amis et collègues ;
Frères et sœurs dans la foi chrétienne ;
Vous tous qui nous êtes chers !
En ce temps de tempêtes, l’horloge de nos vies s’est arrêtée en plein orage.
Un cœur a cessé de battre. Cœur sœur et sincère. Et nos âmes, battues par la violence de cette foudroyante nouvelle survenue en rafales à l’aube d’une journée perturbée, ont été abattues.
Ce tonnerre qui s’est déversé sur nos oreilles, a fissuré nos tympans. Soudain, une averse de tristesse est tombée sur nous. Et l’irréparable arriva ! Irrepérable tragédie ! Survenue le mercredi 17 décembre 2025. Ce jour qu’on abhorre ! Ce jour d’horreur ! Ce jour sans aurore !
Marie-Jeanne Ilopi Mbo Lisasi, charmante épouse de notre bien-aimé Poète Jean-Paul Brigode Ilopi Bokanga, s’est éteinte aux petites heures d’un matin fugitif, installant une nouvelle peur dans nos tubes digestifs.
Tout s’est passé comme si la croûte céleste était étreinte par des bataillons d’oiseaux de mauvais augure, dont les cris ont effacé nos écrits d’espoirs pour la vie, cette vie qu’elle mourrait d’envie de partager encore avec notre élite, son compagnon de lutte.
Marie-Jeanne que chérissait Jean-Paul, n’était pas seulement sa conjointe de vie. Douce et bienveillante, elle était accueillante. Protectrice, elle était attentionnée, même quand notre frère campait en brousse.
Sensible et juste, elle comprenait bien les fulgurances du Poète qui avait l’habitude de côtoyer les cambroussards.
Résiliente et courageuse, elle a été audacieuse, traversant des moments forts difficiles, avec force. Précieuse aux yeux de son mari, elle a fait preuve d’un grand courage face aux risques personnels. Discrète, mais déterminée, elle est restée loyale, donnant à son cher époux une offrande de gloire. Equilibrée, elle était l’alliage de la sensibilité et d’une force intérieure badigeonnée d’une fine intuition.
Humble, elle ne se mettait pas en avant, se considérant toujours comme servante de son serviteur, son serveur maintenant dépouillé de tout ou presque.
Fidèle, elle est restée présente dans les moments difficiles, croyant en Dieu, même face à l’impossible. Généreuse, elle était travailleuse jusqu’à son dernier soupir, sérieuse jusqu’à son ultime souffle. Elle ne servait pas que son homme. Elle était également aux bons soins de l’entourage de son tendre époux.
Joviale et sociale, elle était sociable.
Tout près des proches de son pendant masculin, elle était couronnée du surnom « Grande puissance », la force de son caractère faisant foi.
Dame de fer, elle avait un cœur en chair. Simple, souple et flexible, elle a résisté tel un réseau face à la violence du vent, et tel un bateau face à la vague déferlante de la mer. Elle était mère, sœur, fille, femme, tout en un.
Au moment où nous nous y attendions le moins, une atmosphère lugubre nous a engloutis, et une sombre lumière a hanté nos esprits, lorsque le soleil s’est couché sur nos têtes éplorées.
Nous avons imploré la grâce du Très Haut, mais hélas ! Le destin en a décidé autrement. Avec regret, nous avons déploré, et nous déplorons encore, le départ sans retour de maman Marie-Jeanne. Ce vent macabre l’a emportée vers des sphères inconnues. Pourtant nous avons cru que cette certitude est incertaine. Embarrassés par la peur qui a embrassé nos êtres tous entiers, nos corps ont été embrasés par une chaleur infernale qui, pour un instant, refroidit notre résistance d’homme, immobilisant tous nos sens.
À nos yeux, l’essence de l’existence était noyée dans nos stances de deuil.
Quel recueil de poèmes sera à même de fortifier nos os qui se recueillent devant ce vide existentiel ? Et quel ciel sera en mesure de contenir ce soleil consolateur capable de sécher nos larmes de complainte ?
Nos âmes abattues au-dedans d’elles-mêmes se désarment, tel les bandes de rebelles de l’Est le jour de leur escalade, lorsqu’ils seront définitivement en débandade.
Nos cœurs envahis par une rancœur inouïe face à la faucheuse fâchée, s’écœurent. Nos esprits pris en otage par cette nouvelle terrifiante, se resserrent de rage. Nos corps colonisés par une douleur sans fin, meurent de faim d’allégresse. Et nos vies privées d’une précieuse vie, se vident de leur substance vitale le temps d’une éternité.
L’âge a parfois ses présages que la sagesse des sages n’envisage, ne dévisage, et n’appréhende. Par moment, il place un éclatant sourire sur nos visages. Par endroits, il noie nos êtres entiers dans l’océan d’angoisse. Quelle poisse ! La paroisse saura-t-elle nous révéler ce mystère, lorsque les bruits de nos cris de désespoir sont anéantis par le silence de mort qui règne aux cimetières, et se muent en cimeterres qui nous enterrent vifs ?
Lorsqu’on se souvient des pas de danses offerts avec effervescence le jour de la célébration de ce diplôme d’Etat, et ce sourire incessant qui caressait nos expressions faciales loin de la haine tribale, et de la distinction raciale ; lorsqu’on se rappelle de cet appel de deux êtres faits l’un pour l’autre ; lorsqu’on regarde comme dans un rétroviseur ce passé récent que le destin a cassé sous nos yeux, et qui s’est éteint subitement ; et lorsqu’on se trouve forcé par la nature de pleurer une âme à qui on a toujours donné un sourire exquis, on se rend compte qu’on n’a plus assez de larmes dans nos provisions pour pleurer tout ou partie de sa vie. Quand on remarque impuissamment que la « Grande puissance » est affaiblie, l’on constate qu’on n’a plus assez de forces pour fortifier l’âme meurtrie par l’irréparable !
Comment une âme pleure-t-elle son âme sœur ? Comment un compagnon fait-il le deuil de son pendant féminin ? Mais comment recommencer seul une vie vécue à deux près de cinquante ans durant ? Que dirai-je à tout ce petit et grand monde habitué à nous voir ensemble lorsqu’ils me verront, enfin, esseulé ? Et où puiser l’énergie nécessaire pour apaiser les élans de douleur qui m’assaillent de toutes parts ? Ce questionnement, très cher Poète Jean-Paul ILOPI, hantent ton esprit en ce moment précis, je le sais. Et à te voir, je sens l’amertume que tu ressens, et la lourde douleur que tu endures.
Mais laisse-moi te dire, que la mort est une vie qui se déplace. Et la vie, une mort que le souffle retient. Au beau milieu de ce questionnement sus-évoqué, les pensées pieuses peuvent certes être séquestrées par la vallée de l’ombre de la mort, lorsque tout autour de toi, tout est noir. Face à ces ténèbres macabres, doit-on craindre le mal à venir lorsqu’il est déjà survenu ? Ô que NON ! Je suis convaincu que lorsque quelqu’un a survécu au drame, il n’est pas vaincu. Pendant plus ou moins vingt ans, tu as lutté aux côtés des siens, pour maintenir maman Marie-Jeanne en vie. Tu as tout donné, et tu étais prêt à tout pour la voir survivre. Mais hélas ! Après cette lutte acharnée pour la vie, contre vents et marées, nous pouvons dire qu’il est temps de repos !
Repos, car la vie de maman Marie-Jeanne n’aura pas été vaine. Repos, car son départ n’est pas qu’une amertume ! Repos, car son absence n’est pas si absente que ça ! Repos, car nous avons en héritage ses œuvres grandioses ! Repos, car son existence reste scellée dans les stances de nos cœurs sans rancœur ! Repos, car elle aura marqué à jamais nos âmes en chantier ! Repos, car elle reste vivante dans nos mémoires ! Repos, car elle repose éternellement auprès de son Créateur ! Repos, car sa douce voix berce nos cœurs trempés dans un souci incessant ! Repos, car l’amour ne disparaît pas, mais se transforme en un souvenir éternel, gravé dans nos mémoires et dans nos vies ! Repos, car Dieu a donné, et Dieu a repris ! Repos, car celle que nous avions affectueusement surnommé « Grande puissance », « Maman sociale », vit à jamais dans nos cœurs.
Paix éternelle à son âme !
Kinshasa, le 26 décembre 2025.
Daniel MUKUBI, Poète de la Nation.
Le premier 1er Lauréat du Prix de la Régénérescence Litteraire.
