Faite d’une histoire complexe depuis la fin de la guerre de 1997, la problématique de l’électricité, malgré la libéralisation amorcée du secteur, les efforts consentis et les réactions aux révélations des journalistes, fait face à des défis persistants et de gestion opaque de la société E2C. Dans ces conditions, il est impossible de faire l’économie de la nécessité d’améliorer le cadre légal et la gouvernance pour assurer la sécurité énergétique du pays.
La gestion énergétique au Congo est marquée par des défis structurels et des incohérences dans les politiques sur l’énergie. Pour la petite histoire, à la fin de la guerre de 1997, le vainqueur Denis Sassou sur Pascal Lissouba avait nommé Jean-Marie Tassoua au poste de Ministre de l’Énergie et de l’Hydraulique en octobre 1997. Dans la foulée, celui-ci avait contacté EDF pour réhabiliter le réseau électrique et des ouvrages de production. EDF avait chiffré ses services à 300 milliards de francs CFA. La situation financière d’antan ne permettant pas d’accéder à cette requête, M. Sassou avait instruit M. Tassoua de “se débrouiller” avec les cadres de la SNE, les nouveaux recrutés proposés par le front 400 d’Okombi Salissa, et le duo MN et PI (Marcel Ntsourou, gouverneur civil et militaire de Pointe Noire et cogestionnaire des fonds avec Pacifique Issoïbeka) pour relancer la machine électrique. Ce duo avait donné dix milliards de FCFA, des véhicules de marque Discovery et Toyota Hilux à Jean Marie Tassoua pour le job. Avant le 15 décembre, les agents de la SNE et les ex-combattants du front 400 avaient réalisé l’exploit d’achever le rétablissement de l’électricité à Brazzaville, Dolisie et les autres zones faisant partie du réseau national sud dans un délai de 45 jours (15 décembre). Le nord du pays fut alimenté par des groupes électrogènes avec des coûts de fioul très élevés. M. Sassou, lucide à l’époque, avait ordonné, en janvier 1998, à son ministre de finaliser les études du barrage d’Imboulou, de boucler les négociations du financement (chinois) et celles avec le FMI pour un accompagnement postconflit du pays. Puis vint la libéralisation du système énergétique.
Libéralisation du secteur énergétique
La libéralisation du secteur énergétique par un cadre juridique évolué et l’incitation à des financements privés ont conduit à des missions, en République tchèque en 1999 soldées par la construction de la centrale à gaz de Côte Mateve aujourd’hui concédée au sulfureux Turc Aska et Cie avec le concours de Maxime Gandzion qui s’est sucré sérieusement, en Chine (septembre 1999), aux États-Unis (août 2000), en Allemagne et en France (2001), en Afrique du Sud et auprès des grandes sociétés comme Escom qui était la première société d’électricité en Afrique en taille et en ressources. Celle-ci était le réseau nᵒ 1 en 400 V de transport transnational de la RDC, du Zimbabwe, de la Namibie, et de la République sud-africaine…
Sous la supervision du D.G, le colonel Iwanga, les premiers échanges d’expérience avec Escom avaient abouti au projet de compteurs électroniques au Congo qui devrait permettre à la SNE d’optimiser ses recouvrements et d’améliorer la qualité de son réseau électrique domestique. Pour mailler le territoire national, le gouvernement se pencha du côté de la Banque mondiale, partenaire technique et historique (1998-2000 et 2023-2025) et de la société Escom.
Avec l’ensemble des projets des barrages identifiés, Escom entendait investir dans la production énergétique, l’interconnexion et la distribution et le transport du courant jusqu’en République sud-africaine, qui a des besoins énormes en énergie. La Banque mondiale avait marqué son accord de principe pour accompagner ce projet très ambitieux et fédérateur. Le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Rodolphe Adada, et l’ambassadeur du Congo en République sud-africaine, Jean-Pierre Ossey, et Cyrille Ramaphosa, ministre d’État chargé des questions énergétiques de l’époque, peuvent encore témoigner du manque d’engagement concret du Congo malgré la mise officieuse dans les tuyaux du lieutenant Jean Aimé Ignoumba (actuel Degascom), qui maîtrisait les problèmes énergétiques et le barrage de Sounda. En 2000, Albert Pela, frère aîné de Guy Pela, conclut un contrat d’assistance technique avec M. Marcel Zadi Kessi, fondateur de SODECI.
5 ans après la guerre
Le gouvernement a pris un texte de loi nᵒ 14-2003 du 10 avril 2003 portant Code de l’électricité qui fixe le cadre d’une libéralisation progressive du service public de l’électricité. L’État peut désormais conclure des partenariats avec les opérateurs tant publics que privés. Au vu de ces textes, les ministres Ondongo, Bouya, Zonabia et Itoua ont eu la malice de se partager le pan électrique. Fort de ce texte, Anatole Collinet Makosso, avec l’appui du FMI et de la Banque mondiale, a lancé des réformes du secteur mais sous forme d’un business, à l’image des oligarques russes qui découpent des pans entiers du secteur économique sans aviser les cadres, collaborateurs et partenaires sociaux de l’ancienne SNE, devenue un matin, par décret, E2C, société de patrimoine, sans doute pour répondre à une exigence du FMI. Sauf que l’exploitant SNE n’a pas été préparé à ces nouvelles missions.
Une gestion opaque
Il est à signaler qu’E2C n’a pas un contrat de performance avec l’État, ni une convention de cession de gestion d’infrastructures entre l’État et elle… L’État veut céder ses infrastructures dans un modèle économique de versement d’une partie de la redevance perçue par la société de patrimoine, E2C, au titre des infrastructures concédées (barrage, réseau de distribution), mais sans investissement par les concessionnaires. Rien que pour l’exploitation, ce dernier devrait percevoir des frais de gestion allant par exemple à 4 milliards de FCFA /mois pour Senelec, soit 48 milliards l’an, sur 10 ans sans avoir investi 1 FCFA. Tout cela juste pour avoir répondu à un appel d’offres d’une valeur du dossier d’achat de 5.000.000 FCFA, non versés au Trésor public. Les producteurs concessionnaires devraient percevoir une partie du prix d’achat de vente sur l’énergie produite, soit 15 FCFA, pour une production hydro. Les conséquences d’une telle décision, non aboutie, impliquent des risques énormes sur la garantie de l’emploi au sein d’E2C, la garantie sur l’ouvrage concédé et, naturellement, la sécurité nationale énergétique du Congo, tenue par des commerçants détenteurs de boutiques. Le 8 mai 2025, M. Sassou, via Joujou, découvre le pot aux roses du contrat de la Senelec et les deux clans qui tiennent à contrôler le secteur énergétique. Il suspend tout au cours du conseil des ministres du 13 mai 2025. À suivre
Ghys Fortune BEMBA DOMBE
