Un vent eschatologique souffle sur le Congo ces derniers temps. Les rafales secouent le secteur du numérique et fauchent également des vies humaines. Les décès récents au sommet de la pyramide se sont ajoutés à ceux que le Congo enregistre quotidiennement. Firmin Ayessa, Philippe Mvouo et Saturnin Okabé se sont éteints, comme des Congolais ordinaires, ceux qui sont abandonnés à leur triste sort dans les hôpitaux de Brazzaville. Tandis que, Nick Fila est en France pour des contrôles sanitaires et Pierre Oba malade depuis des années est à cheval entre Brazzaville et l’Afrique du Sud. Ces événements animent le débat public.

La mort et la maladie en Afrique ont toujours fait polémiques et suscitent boucs émissaires. Au Congo, en particulier, chaque décès et maladie suscitent des théories conspirationnistes. Sassou-Nguesso, sorciers ou riches deviennent les cibles faciles. Certaines églises, focalisées sur l’évangile de la prospérité, les fausses prophéties et l’argent, appelées églises de réclame, feignent d’esquivent ces sujets. Les leaders d’opinion brillent par leur silence, laissant les internautes spéculer à l’approche de l’élection présidentielle. Pendant ce temps, les conditions de vie se détériorent, les hôpitaux sont défaillants, et des fonds massifs partent en évacuations sanitaires ou rapatriements de corps des dignitaires qui sont enterrés en grande pompe. L’argent du Congo sert à cela et non au paiement des budgets de transfert, des pensions de retraite, des bourses, des salaires, des entrepreneurs, etc. L’hécatombe dessine son ombre sur le Congo.

Numérique : cœur de la puissance nationale sous pression

Le numérique n’est plus un simple outil d’innovation : il bat au rythme de la politique, de l’économie, de l’éducation, de la santé et de la démocratie. La régulation et Congo Télécom restent au centre des enjeux. Congo Télécom est acteur majeur de la numérisation du Congo malgré l’augmentation du parc d’abonnés en fibre optique aujourd’hui à 40 milles clients sur un potentiel de 800 milles ( chiffres E2C) mais est orphelin financièrement. L’Agence de régulation des postes et communications électroniques (Arpce) impose une transparence qui ferme les zones grises et les rétrocommissions jadis captées par des réseaux opaques.
L’État congolais hésite entre modernisation fiscale et arrangements familiaux informels, avec des menaces contre l’Arpce. Au-delà des télécoms, la souveraineté numérique est en jeu. Christian Yoka outrepasse les directives de la Cemac, pressant un trésor public non structuré – encore dépendant de signatures manuelles – pour contrôler toutes les institutions, au mépris de la séparation des pouvoirs prônée par la Cemac et M. Sassou.
De son côté, Christel Denis Sassou-Nguesso voit son heure venue. Son neveu, Junior Omar Bongo, qui après le pétrole, s’implante chaque jour encore plus dans le secteur par sa société Yao Corp dans les fibres optiques via Silicon Connect. Depuis trois ans, il domine le projet de Facture Numérique, à coup de milliards de fcfa au détriment d’initiatives déjà opérationnelles, comme l’ont confié des parlementaires sous anonymat lors de notre enquête. Que devient ce secteur, fierté de la révolution numérique déclenchée par Yves Castanou depuis 2010, face à la prolifération d’acteurs, l’appât du gain, les échecs et les influences politiques ?
Collinet Makosso ferme-t-il les yeux sur les errements de Christian Yoka et Léon Juste Ibombo, tolérant folklore et manque de cohésion ?

Les faux pas d’Ibombo et la taxe numérique controversée

Le ministre Ibombo crée une commission dite « indépendante et inclusive », mais viole les textes en imposant unilatéralement un organe de gestion, sans sessions statutaires. Cette maladresse a occasionné contestations internes et une convocation parlementaire de Ibombo devant la commission des lois – signe d’un déficit institutionnel et juridique. Ibombo, en glissant une taxe sur les terminaux dans la loi de finances, au profit d’une Agence de développement du numérique (Aden) contredit M. Sassou qui vante la vulgarisation du numérique dans ses discours. Cette mesure impopulaire freine l’accès aux équipements en faveur des jeunes et des ménages modestes; elle est sans résultats visibles ni redevabilité. Elle risque de :

  • Ralentir l’adoption des technologies ;
  • Étouffer innovation et entrepreneuriat ;
  • Accroître la défiance envers les politiques publiques.
    Quelles réalisations concrètes l’Aden a-t-elle apportées en trois ans au numérique national, pilier de souveraineté? A- t-elle créé de la compétitivité, ou l’emploi des jeunes, ou bien un semblant de modernisation de l’État ?
    Entre dépendances, rivalités et pressions, un recentrage stratégique, de la rigueur et des arbitrages au sommet s’imposent.
    (À suivre)
Ghys Fortune BEMBA DOMBE

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