Le deuxième Conclave des filles et fils du Kouilou s’est tenu le 31 janvier 2026 à KAKAMOЕКА sous le « haut patronage » du Premier ministre Anatole Collinet Makosso (ACM). Loin d’un simple rassemblement culturel, cet événement à Kakamoeka – nom signifiant « notre grand ancêtre » en vili – apparaît comme une manœuvre stratégique pour ancrer sa survie politique dans les forces spirituelles du terroir vili, au cœur d’une région marquée par la pauvreté et l’histoire kongo-vili.

Il s’agit d’une centralisation masquée en rassemblement ethnique. ACM n’était pas un simple invité : il présidait le conclave, son comité préparatoire et d’organisation. Cette concentration de pouvoirs traduit une recentralisation symbolique, où l’État s’approprie les périphéries culturelles. Objectif affiché ? Court-circuiter les institutions républicaines pour soutenir ou viser une succession à M. Sassou, via un rituel initiatique réservé aux initiés.

Alliance inédite entre État et traditions

Le conclave a réuni trois légitimités : républicaine (préfets, parlementaires), territoriale (conseils départementaux, maires) et traditionnelle (Roi de Loango Moe Mpaka Siindji N’tukuni, dignitaires buali, sages yombé, kugni, vili et lumbu). Pas de folklore : ces actes – oracles royaux, invocation du « Grand Ancêtre », installation de gouverneurs traditionnels – hybrident pouvoir étatique et anthropologie.
Lorsque le Professeur Placide Moudoudou plaidait en 2015 pour un serment présidentiel via le « Nzobi », il a été raillé alors qu’il exprimait une réalité congolaise. Vous conviendrez que, la présence centrale du putatif « Roi de Loango », les actes évoqués plus haut et le rituel d’invocation du « Grand Ancêtre » constituent des taches occultes. ACM les intègre dans le protocole officiel quoiqu’il ait été un des farouche opposant au Pr Moudoudou qui n’a pas reconnu son doctorat en droit réalisé à partir du diplôme de l’ENAM qui est une école professionnelle inhabilitée à délivrer des M2 Recherche/DEA/Doctorats. Ce choix révèle une posture stratégique sélective et perfide, clairement adossée à une volonté manifeste de transformer la tradition en ressource de gouvernement à son seul profit. Le rituel devenant non pas un contre-pouvoir, mais un auxiliaire de légitimation de l’ordre étatique en devenir pour la prochaine présidentielle. Quelles sont donc les fins non avouées in fine ? Celles de soutenir M. Sassou comme proclamé urbi et orbi ou plutôt les siennes propres secretum en opérant la substitution ésotérique parfaite ? Pour plus d’une personne,
ACM instrumentalise ces rites pour sa légitimation, transformant la tradition en levier électoral.

Tradition dépossédée, ambitions ésotériques

La démarche engagée par ACM est donc pleine d’ambiguïtés. En présidant un conclave qui mobilise l’ensemble des forces vives locales, il se place au cœur d’un dispositif de médiation politique qui veut court-circuiter les institutions représentatives classiques. Ce conclave devient alors un espace para-institutionnel de production de consensus, où la parole coutumière et l’autorité morale peuvent peser sur les orientations publiques tenues par le droit positif, sans passer par les mécanismes délibératifs reconnus. Elle devient un cénacle d’élévation ésotérique (caché) situé à Kakamoeka (i-e Nkaka li muek = notre grand ancêtre) lieu éponyme de résidence de la sirène-mère Mwé Kikambissi, déesse tutélaire des lieux. Si avant l’appel des forces se faisait depuis Diosso, la translation opérée par ACM relève de mélanges des pratiques Yombé et Vodu issus des pêcheurs Popo (Béninois) installés à Madingou-Kayes depuis la construction du chemin de fer et dont les « métissages » ont abouti au Premier Ministre. On note donc non seulement une volonté de dépossession des Ba-Vili de leurs propres outils de gouvernance ( Vincent Gomez dépositaire du Nkobi à Diosso ostracisé ; Les Bouiti-Viaudo marginalisés alors qu’ils sont les enfants du Bi-witi ; les Goma-Sylvain et Dello Thomas banalisés alors qu’ils sont les uniques gardiens du dernier Tchibila des mânes ; les Portella-Yoyo-Gomez effacés alors qu’ils sont les Mfumu Ntoto de Mpita ; etc.). Promouvoir la fille de Mounthault dans ce contexte paraît comme une duplicité de l’arbre sensé cacher la forêt puisqu’au final, elle risque de servir comme agneau sacrificiel prisé par le rite opéré.

Un duel invisible vers la prochaine présidentielle

Le travail para-institutionnel engagé depuis la consécration de l’église nouvelle Saint Christophe ayant permis l’accès aux reliques de Mgr Godefroid Poity (c.f notre publication du 5 août 2025) se prolonge à Kakamoueka dans un geste ritualisé envers la Génie à la confluence de trois lacs sur la  » Cité des grands lacs  » qui servirait d’autel d’appel depuis 2024 date de la dernière vo. Ledit travail produit un consensus ésotérique, contournant les délibérations classiques. Soutien à M. Sassou qui a prévu annoncer sa candidature le 7 janvier ou substitution secrète ? Le chemin de l’enfer est toujours pavé de bonnes intentions. Les combats à venir, traduisant ces forces invisibles, s’annoncent âpres. Certes, il est difficile de savoir si ACM et Cie, ivrent du pouvoir abandonneront le syncrétisme et les appétits démesurés, mais ceux qui défendent justice, vérité et liberté, l’heure est venue.

Ghys Fortuné BEMBA DOMBE

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